Neuro-coaching, neuro-performance, neuro-training, neuro-leadership : le préfixe s’est collé à presque tout ce qui touche au mental, parce qu’il fait vendre. Pour un préparateur mental, la question n’est pas de savoir si les neurosciences sont utiles. Elles le sont. La question est de savoir lesquelles, et comment séparer ce qui aide un athlète de ce qui sert seulement d’emballage. Nathan Pesin, médecin radiologue spécialisé en neuroradiologie et directeur recherche et développement de MINND, propose une grille simple pour faire le tri, et deux exemples où la connaissance du corps change vraiment la façon d’accompagner.

Les neurosciences sont l’étude scientifique du système nerveux : sa structure, son fonctionnement, son développement et ses dérèglements, de la molécule jusqu’au comportement. Pour un préparateur mental, elles servent à comprendre ce qui se passe dans le corps et le cerveau quand un athlète utilise un outil, afin de choisir cet outil et de l’adapter à la personne.

Pourquoi le mot « neurosciences » veut tout et rien dire

Le préfixe neuro décliné en neuro-coaching, neuro-performance, neuro-training, neurofeedback, PNL : un même mot pour des réalités scientifiques très différentes

Le terme est né au début des années 1960 pour réunir des disciplines qui travaillaient chacune de leur côté : la biologie, la médecine, la psychologie, la chimie, la physique, puis l’informatique. Il désigne donc un carrefour, pas une spécialité.

Sous ce mot cohabitent des domaines qui n’ont presque rien en commun au quotidien :

  • la neuroanatomie, qui décrit la structure du système nerveux ;
  • la neurophysiologie, qui étudie le signal nerveux en action ;
  • la neurochimie, qui s’intéresse aux neurotransmetteurs et aux hormones ;
  • les neurosciences cognitives, qui étudient l’attention, la mémoire, la décision ;
  • les neurosciences affectives et sociales, qui portent sur les émotions, la motivation et le cerveau en relation ;
  • la neuro-imagerie, qui permet de voir le cerveau grâce à l’IRM, l’EEG ou la TEP ;
  • les neurosciences computationnelles, qui modélisent le cerveau ;
  • la neurologie et la psychiatrie, qui soignent le cerveau malade.

La différence entre anatomie et physiologie aide à s’y retrouver. L’anatomie, c’est la façon dont les choses sont disposées : le cerveau dans la boîte crânienne, la moelle épinière dans le canal rachidien, les neurones, les axones, les fibres musculaires. La physiologie, c’est la façon dont elles fonctionnent : comment une information part du cerveau et finit en contraction d’un muscle de la main. Quand ce fonctionnement est normal, on parle de physiologie ; quand il se dérègle, de pathologie.

Conséquence directe : personne n’est expert de toutes les neurosciences. Quelqu’un qui se présente comme « expert en neurosciences » sans préciser lequel de ces domaines est soit exceptionnellement polyvalent, soit en train de faire du marketing. Nathan Pesin le dit de lui-même : sa spécialité est la neuroanatomie et la neuro-imagerie, avec un intérêt fort pour la physiologie. Il connaît les bases des neurosciences computationnelles, mais ne prétend pas en être expert.

Anthony Lespade, président de MINND, raconte avoir fait le chemin inverse à ses débuts de préparateur mental : il a acheté les ouvrages de référence sur les neurosciences en pensant pouvoir les transposer sur le terrain, et il s’est heurté à un mur. Ce qui l’a débloqué, ce sont des ouvrages de vulgarisation en neurophysiologie et en neuroanatomie, pour comprendre d’abord le fonctionnement de base.

Six échelles, et seulement deux sont le terrain du préparateur

Les six échelles des neurosciences, des molécules au comportement : seules les deux dernières sont le terrain du préparateur mental

Une autre façon de comprendre l’étendue du domaine est de regarder les échelles qu’il couvre, de la plus petite à la plus grande :

  1. la molécule, au nanomètre : par exemple le cortisol, une hormone du stress qui circule dans le sang ;
  2. le neurone, au micromètre : la synapse qui se renforce quand on apprend ;
  3. le circuit, au millimètre : l’amygdale, qui s’active face à la peur ;
  4. le réseau, au centimètre : les réseaux de l’attention, qui mobilisent plusieurs régions dont le cortex préfrontal ;
  5. le corps entier : le cœur et la respiration qui s’accélèrent sous stress ;
  6. l’individu et le groupe : le comportement, par exemple rater sous pression.

Le préparateur mental agit surtout sur les deux dernières échelles : la réaction du corps face à un stress, et le comportement de la personne dans son environnement. Les quatre premières n’en sont pas moins indispensables, parce que tous les niveaux s’emboîtent. Elles expliquent pourquoi un outil fonctionne. Un préparateur peut influencer le cortisol ou les réseaux de l’attention, mais il le fait indirectement, en passant par le corps et le comportement.

Pour l’attention, nous avons consacré un article à la carte des fonctions cognitives : elle découpe ce que l’on appelle vaguement « le mental » en capacités que l’on peut observer et entraîner.

Trois idées « neuro » qui ne tiennent pas

Trois neuromythes : les 10 % du cerveau, cerveau gauche et cerveau droit, les styles d'apprentissage

Le préfixe donne une apparence scientifique à des affirmations qui ne le sont pas. Trois exemples reviennent sans cesse, chacun avec un statut différent.

« On n’utilise que 10 % de son cerveau » : c’est faux. Le cerveau n’est jamais utilisé à 100 % en même temps, mais il est utilisé en quasi-totalité. Nathan Pesin le résume ainsi : on utilise « l’immense majorité de son cerveau mais à des moments différents ».

« Cerveau gauche logique, cerveau droit créatif » : c’est une simplification abusive. L’idée date de plusieurs décennies et persiste, mais elle ne décrit pas la réalité du fonctionnement cérébral.

« Chacun apprend mieux selon son style, visuel ou auditif » : ce n’est pas démontré. Certaines personnes ont sans doute des préférences, et l’idée semble intuitive. Mais une impression partagée par beaucoup de monde ne constitue pas une preuve. Tant que ce n’est pas démontré, on ne l’affirme pas comme un fait.

À l’inverse, la science corrige aussi ses propres certitudes. On a longtemps tenu pour acquis que le stock de neurones était fixé à la naissance et ne faisait que diminuer. On sait aujourd’hui que certaines régions du cerveau continuent d’en produire à l’âge adulte, en petite quantité, et le débat sur l’ampleur du phénomène n’est pas clos. L’imagerie progresse elle aussi très vite : une IRM d’aujourd’hui montre bien plus de choses qu’il y a vingt ans. Un préparateur qui s’est arrêté aux connaissances d’il y a vingt ans défend peut-être des convictions qui ne tiennent plus. La formation continue fait partie du métier.

Trois questions à poser avant d’y croire

Trois questions avant de croire une idée neuro : à quelle échelle, quelle preuve, qu'est-ce que ça change à ma pratique

Pour trier une information « neuro », qu’elle vienne d’un réseau social, d’une formation ou d’un article, trois questions suffisent dans la plupart des cas.

1. À quelle échelle parle-t-on ? D’une molécule, d’un réseau cérébral ou d’un comportement mesuré ? Un effet observé sur un neurotransmetteur en laboratoire ne dit rien, à lui seul, de la performance d’un athlète en compétition.

2. Quelle est la preuve ? Chez qui, sur combien de personnes, avec quel effet réel sur la performance ? Une expérience racontée par une connaissance n’a pas le même poids qu’une étude publiée dans une grande revue à comité de lecture. Et même la publication ne suffit pas : il existe des revues où l’on publie presque à coup sûr dès lors qu’on paie, et la course à la publication produit des biais et des conflits d’intérêts. Apprendre à lire un article scientifique, ses méthodes et ses limites, est une compétence qui se travaille.

3. Qu’est-ce que ça change à ma pratique ? Une étude peut être rigoureuse et ses résultats passionnants sans rien changer sur le terrain, parce que le protocole est impossible à reproduire avec un athlète réel. Si le « neuro » n’apporte rien de concret, c’est de l’emballage. C’est intéressant pour la culture générale, pas pour l’accompagnement.

Exemple 1 : le stress avant la compétition

Le stress avant la compétition : système sympathique, frein du nerf vague, puis outils comme la respiration lente et la routine pré-compétitive

Sur la ligne de départ d’une finale, le cœur s’emballe, la respiration s’accélère, les mains tremblent et deviennent moites. Beaucoup d’athlètes vivent ce moment comme un problème. La physiologie le décrit comme une réponse parfaitement normale.

Ce qui se passe. Le système nerveux sympathique agit comme une pédale d’accélérateur. Il réagit en quelques secondes : le cœur et le souffle accélèrent, le sang part vers les muscles. C’est la réponse qui servait autrefois face à un danger physique et qui s’active aujourd’hui à l’entrée sur un terrain. Si le stress dure plusieurs minutes ou plusieurs heures, un relais hormonal se met en place : les glandes surrénales, situées au-dessus des reins, produisent du cortisol, qui aide l’organisme à tenir sur la durée.

Le frein naturel. Le système nerveux parasympathique fait l’inverse. Par l’intermédiaire du nerf vague, il ralentit le cœur et la respiration et favorise la récupération. Accélérateur et frein fonctionnent en permanence, et la variabilité de la fréquence cardiaque en donne un reflet mesurable.

Ce que le préparateur en fait. Ces systèmes sont autonomes, mais on peut apprendre à agir sur eux par l’entraînement. Pour appuyer sur le frein, quand un athlète est en alerte au point de se fatiguer ou de ne plus pouvoir se concentrer, on dispose de la respiration lente, de la relaxation musculaire ou d’une routine mentale pré-compétitive. Un athlète dont le cœur bat à 110 avant même le départ peut le ramener vers 80 en quelques cycles de respiration. Pour appuyer sur l’accélérateur, quand un joueur met une demi-heure à entrer dans son match, une routine d’activation l’amène dès l’échauffement dans l’état utile. Le recadrage, enfin, aide l’athlète à lire ses sensations comme de l’énergie disponible plutôt que comme un signal d’échec.

Un outil comme la cohérence cardiaque illustre l’intérêt de comprendre le mécanisme. Elle convient à beaucoup d’athlètes, mais pas à tous : chez certains, l’exercice lui-même devient une source de tension. Savoir ce qu’il cherche à produire permet de le remplacer quand il ne convient pas.

Le stress n’est pas l’ennemi. C’est le cliché le plus répandu, chez les étudiants en préparation mentale comme dans le sport ou l’entreprise. Le stress fait fonctionner le corps : un entraînement physique est un stress, se lever d’un canapé aussi. Le cortisol est indispensable à la vie. Le problème commence quand le stress devient chronique et que le cortisol reste élevé de façon déréglée : l’organisme est alors en alerte permanente et ne récupère plus. Le travail du préparateur n’est pas de supprimer le stress, mais de le maintenir dans une zone utile. Trop bas, il ne se passe rien, comme une charge trop légère en musculation. Trop haut, la performance et la concentration se dégradent. MINND développe cette idée dans un article sur la façon dont la pression s’entraîne.

Exemple 2 : apprendre un geste, même sans bouger

Apprendre un geste sans bouger : plasticité, simulation motrice, imagerie mentale et sommeil

Un athlète se casse le poignet et se retrouve immobilisé trois semaines. Il ne peut plus frapper une balle, mais il veut garder ses repères techniques.

La plasticité. Le cerveau s’adapte en permanence aux stimulations qu’il reçoit. Les neurones créent de nouvelles connexions entre eux, les synapses, renforcent celles qui servent souvent et éliminent celles qui ne servent plus. Le but est l’efficacité : faire la même tâche plus vite, plus précisément et avec moins d’énergie. Nathan Pesin utilise l’image d’une forêt vierge. Le premier passage se fait à travers les broussailles, en s’appuyant sur quelques repères connus : le geste est lent, peu fluide, imprécis. À force de répétitions, on coupe les branches, on trace un sentier, on le gravillonne, puis on le goudronne. À la fin, c’est une autoroute. C’est aussi pour cela qu’un geste automatisé est si difficile à désapprendre, par exemple quand un nouvel entraîneur demande de modifier une technique ancrée depuis des années. Le sommeil joue un rôle dans la consolidation de ces apprentissages.

La simulation. Imaginer un geste active une partie des réseaux utilisés pour l’exécuter. Pas tous, et pas avec la même intensité, mais suffisamment pour entretenir ces circuits.

Ce que le préparateur en fait. L’athlète blessé pratique l’imagerie mentale : il se représente le geste à vitesse réelle, dans un contexte précis, avec le bruit du public, la lumière de la salle, les sensations du corps. Il ne progresse peut-être pas, mais il perd moins de sa technique. Le même principe sert hors blessure, en complément de la pratique réelle et jamais à la place, et le sommeil est protégé parce qu’il fait partie de l’apprentissage.

La plasticité explique aussi pourquoi l’entraînement mental doit être dosé et progressif. Le protocole de préparation mentale MINND repose sur cette logique : une contrainte calibrée, répétée, mesurée.

Ce que ce bagage change pour le préparateur mental

Du mécanisme à l'outil : stress vers respiration lente et VFC, apprentissage vers imagerie mentale et sommeil

Comprendre le mécanisme, c’est pouvoir adapter l’outil à chaque athlète. Un préparateur qui sait pourquoi la respiration lente agit peut choisir une autre technique quand celle-ci ne convient pas. Un préparateur qui sait ce que mobilise l’imagerie peut en régler la vitesse, la durée et le contenu.

Ce bagage donne aussi de l’assise face aux athlètes. De plus en plus de sportifs professionnels demandent ce qui se passe dans leur corps quand ils respirent ou visualisent. Pouvoir répondre avec précision, sans jargon ni approximation, installe la confiance. Il en va de même pour la blessure : un athlète qui parle d’une fracture de la fibula, l’ancien péroné, s’attend à ce que son préparateur sache de quoi il s’agit et ce que cela implique en durée de convalescence.

Il n’est pas nécessaire d’avoir un niveau de médecin. Les bases de la physiologie et du fonctionnement du système nerveux suffisent pour comprendre la plupart des outils. La suite dépend du parcours et des affinités de chacun : un psychologue ira plus facilement vers les neurosciences cognitives, un chimiste vers les neurotransmetteurs.

Enfin, tout n’est pas démontré. Pour beaucoup d’exercices de préparation mentale, la physiologie exacte n’est pas encore établie, et plusieurs explications restent en concurrence. Le dire fait partie de l’honnêteté du métier.

Ces bases sont enseignées dans la formation supérieure en préparation mentale de MINND, où Nathan Pesin intervient sur le fonctionnement du corps humain, le stress, l’attention, l’apprentissage et la blessure, toujours avec le lien vers la pratique.

Questions fréquentes

Qu’apportent les neurosciences à la préparation mentale ?

Elles expliquent ce qui se passe dans le corps et le cerveau quand un athlète utilise un outil : pourquoi la respiration lente calme une réponse de stress, pourquoi l’imagerie mentale entretient un geste. Cette compréhension permet au préparateur de choisir l’outil, de le doser et de l’adapter à chaque personne, au lieu d’appliquer une technique à l’aveugle.

Faut-il être médecin pour utiliser les neurosciences en préparation mentale ?

Non. Les bases de la physiologie et du fonctionnement du système nerveux suffisent pour comprendre la plupart des outils de préparation mentale. Il est utile de choisir ensuite un domaine à approfondir selon son parcours, plutôt que de chercher à maîtriser toutes les neurosciences, ce qu’aucun spécialiste ne fait.

Que signifie « neuro » dans neuro-coaching ou neuro-performance ?

Le préfixe renvoie au système nerveux, mais il n’est pas une garantie scientifique. Il est souvent utilisé comme argument commercial. Pour juger une méthode qui s’en réclame, demandez à quelle échelle elle agit, quelle est la preuve de son efficacité, et ce qu’elle change concrètement dans la pratique.

Est-ce vrai qu’on n’utilise que 10 % de son cerveau ?

Non. Le cerveau n’est jamais sollicité à 100 % au même instant, mais la quasi-totalité de ses régions est utilisée, à des moments différents. Cette idée fait partie des neuromythes les plus répandus, avec l’opposition entre cerveau gauche logique et cerveau droit créatif.

Pourquoi le cœur s’accélère-t-il avant une compétition ?

C’est l’action du système nerveux sympathique, qui prépare le corps à l’effort en accélérant le cœur et la respiration. Si le stress dure, le cortisol prend le relais. Le système parasympathique, par le nerf vague, joue le rôle de frein. La respiration lente fait partie des moyens d’agir sur ce frein.

L’imagerie mentale fonctionne-t-elle vraiment pour un athlète blessé ?

Imaginer un geste active une partie des réseaux cérébraux utilisés pour l’exécuter. Pendant une immobilisation, l’imagerie mentale aide à limiter la perte de repères techniques. Elle ne remplace ni la rééducation ni la pratique réelle, et se mène en lien avec l’équipe médicale.

Le stress est-il mauvais pour la performance ?

Pas en soi. Le stress mobilise le corps et rend l’adaptation possible, comme une charge d’entraînement. Il devient un problème quand il est trop élevé au moment de performer ou quand il s’installe de façon chronique. Le préparateur mental aide l’athlète à le maintenir dans une zone utile, sans chercher à le supprimer.

La préparation mentale est une démarche d’entraînement des compétences mentales. Elle ne remplace ni un suivi psychologique ni un avis médical.